
RENCONTRE L'épouse du marin disparu en 1998 participe aux Régates Royales à bord de Pen Duick. Elle évoque son action, ses espoirs et ses craintes, sa fille et ses projets.
Elle est forte. Et ancrée. Dans l'amour d'un homme dont elle a partagé la vie pendant 20 ans. Dans leur passion commune pour la mer et les bateaux. Dans l'énergie, enfin, de transmettre les valeurs d'Eric Tabarly, son mari.
Jacqueline Tabarly est à Cannes cette semaine, et régate, royale, à bord du
Pen Duick. Le bateau mythique à bord duquel son marin de mari a fait ses premiers bords, et d'où il est parti une nuit de juin 1998.
Aux régates de 2006, on apprenait avec regret que les cinq Pen Duick ne reviendraient pas avant longtemps en Méditerranée...
(
Pieds nus sur le pont de Pen Duick Jacqueline Tabarly sourit). C'est vrai, ce retour n'était pas prévu parce que déplacer les bateaux coûte cher à l'association d'autant que Pen Duick et le V viennent par la route. En fait, on nous a demandé de redescendre pour participer à la Juri's Cup de Marseille et Banque Populaire, notre partenaire, nous a dit que ce serait une bonne chose. Alors on est là, après Monaco... et avant Saint Tropez.
La cité de la voile inaugurée en 2008 à Lorient, l'association Eric Tabarly qui continue de faire vivre et vaviguer les Pen Duick, des livres, un film... Quel est le projet qui vous rend la plus heureuse ?
C'est l'ensemble qui me rend heureuse, voir qu'il y a de la demande, entendre les réflexions des gens, et pas que des séniors sur les quais... Ca fait onze ans que nous travaillons sur le souvenir d'Eric, sur la transmission de ses valeurs et aujourd'hui, on se dit qu'on avait bien vu.
Sensibiliser les Français à la mer, c'est l'un des combats dans lequel votre mari voulait s'engager. Quel regard portez-vous sur les projets qui émergent, du Grenelle de la Mer aux initiatives associatives...
Ca me donne de l'espoir, mais tout en restant dubitative, parce que c'est difficile de faire bouger les Français alors q'il y a une telle urgence pour la mer. En France, on est très bons pour les courses en solitaire, il faudrait que l'on soit aussi à la pointe pour préserver le milieu. Parce que... Au secours la mer ! Sur nos bateaux, on ne jette pas les mégots à l'eau, ça commence par là !
Vous disiez qu'il y a dix ans, que les Français reportaient sur vous l'affection qu'ils avaient pour votre mari, c'est difficile à gérer ?
J'ai appris à gérer cette affection. Ce n'est pas évident, de ne pas se laisser déborder, envahir, sans faire de peine, entendre l'autre. Il y a par exemple de plus en plus de rues, d'établissements qui portent le nom d'Eric et les gens pensent me faire plaisir en m'invitant à inaugurer. Ils ne comprennent pas que c'est ma vie privée et ce que ça peut faire voir le nom de son mari sur une plaque avec deux dates. Mais je pense aussi à ce que me disait Eric pour qui cette pression n'était pas toujours facile. Il disait "Je suis quand même mieux là que tourneur chez Renault, j'ai tellement de chance." Il était très reconnaissant à la vie, de ce qu'elle lui avait donné.
Que devient Marie, votre fille ?
Elle est venue à Monaco pour fêter cette belle centenaire qu'est Tuiga. Elle a passé son diplôme d'équitation, et travaille depuis dans un haras orienté sur le dressage des chevaux.
Vos projets ?
Continuer à faire vivre la Cité de la Voile. On va faire une autre exposition temporaire. Nous venons de publier une nouvelle mouture de Pen Duick d'hier et d'aujourd'hui avec Daniel Gilles, et je vais sortir un autre ouvrage sur tous les Pen Duick.
On vous reverra à Cannes ?
Si Dieu me prête vie !